Parfois on craque une allumette, et le feu prend vie. Parfois on craque une allumette, et l’allumette craque seulement. J’ai craqué. En deux. Mon corps d’un bord, mon coeur de l’autre.
Il y a des mots qu’on ne voudrait jamais entendre. Ne jamais voir en face le visage du mensonge sur celui ou celle qu’on aime tant.
Le mât craque. Le coeur vomit. J’ai mal d’être témoin de cela.
En moi réside tout. En moi résonne toutes les tempêtes. Je suis confuse et malade.
La voile se déchire. Cette fois-ci, je n’y arriverai pas. Les vagues sont trop fortes, je suis trop loin déjà.
Et là, dans la nuit noire, au coeur de mon coeur, se trouve une voix, une amie. Elle me dit respire: inspire, expire. Ne pense plus. Ne fais plus rien, ne veux plus rien, concentre-toi, respire.
Et c’est comme ça que j’ai respiré. Des journées entières parfois. De longues nuits. À respirer : inspire, expire, ça va aller.
Je suis chavirée, les vagues me redressent. À chaque pirouette, je ne discerne ni le ciel, ni les étoiles. Alors j’abandonne tous mes efforts et je me laisse culbuter par la vie. Je roule et je vomis.
Puis, je n’ai plus de navire. Je n’ai plus de ciel, ni de mer. Je n’ai plus rien. Ni même moi. Où suis-je?
Le ciel m’a recrachée sur terre. Encore une fois.
Vas-y, lève-toi.
Pour aller où? Pour faire quoi? Pourquoi tout cela?
Alors ma tendre amie, au coeur de mon coeur, me dit encore: respire! Inspire, expire, ça va aller.
Alors j’inspire, j’expire. Je cesse le défilé des pensées lorsque la nausée monte.
Puis je me surprends à parler aux arbres, à sourire aux oiseaux. Il fait soleil.
La terre m’a accueillie, comme elle le fait toujours avec tous ceux qui partent et qui reviennent.
Je tourne le regard et vois les pas parcourus, alors ma tendre amie me dit: tu es loin déjà.

